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Libération : Le show du « Talk »

8 décembre 2020

Débattre à deux ou à dix, assurer une conférence comme un pro façon TED Talk… Les confinements ont favorisé l’utilisation d’outils facilitant l’exercice. Jusqu’à saturation ?

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Article de Balla Fofana Julien Pacaud Illustration

Le show du «talk»

Le show du «talk»

Appelez-les «talks», «conférences» ou encore «lives». Nos écrans sont saturés d’invitations, de propositions d’échanges filmés. A tel point que l’on pourrait se lever à l’aube et organiser sa journée en fonction des différentes conférences auxquelles on nous propose d’assister, tout en planifiant un cours de gym, de yoga ou de cuisine dématérialisé histoire de se divertir. Depuis le printemps, les directs streamés structurent les journées de ceux qui travaillent et étudient, confinés à la maison. Le huis-clos imposé a entraîné une vulgarisation des pratiques numériques permettant au quidam de creuser ou de découvrir divers sujets. Et surtout d’interagir avec d’autres personnes dans un contexte où la désocialisation touche beaucoup de monde.

«J’ai bien suivi cet engouement depuis le premier confinement. Il s’agit en fait d’une accélération plutôt qu’une vulgarisation déjà en cours», souligne Stefanie Fiori, spécialiste en stratégie des réseaux sociaux et social selling (l’utilisation des réseaux sociaux dans un processus de vente). Selon elle, certains secteurs y étaient déjà bien plus habitués que d’autres. «Dans le milieu du marketing, de la communication, la pratique de talk était déjà bien engagée. Il y a eu une intensification dans les secteurs du commerce, du sport, et surtout sur les réseaux sociaux par la suite», poursuit Fiori. La coach constate d’ailleurs une augmentation des demandes de formation venant des entreprises, soucieuses de voir leurs salariés préparés aux techniques de retransmission en direct.

«Phobie sociale».Cette accélération fait le bonheur d’interfaces comme Zoom ou Microsoft Teams, qui attirent toujours plus de monde. Autre format en dynamique : le Pecha Kucha. Il synchronise une présentation orale faisant défiler 20 diapos de vingt secondes, pour un exposé de six minutes et quarante secondes. Pas plus, pas moins. Pour Thu Trinh-Bouvier, experte en communication numérique, le succès de cette interface «s’explique par une volonté des entreprises de raccourcir les présentations» et d’enterrer le bon vieux PowerPoint soporifique. «Tout est épuré, concis. Les images viennent ponctuer une présentation et reprennent un peu le concept des storys telles que nous les connaissons sur les réseaux sociaux», expose Stefanie Fiori, qui estime que les confinements ont fait gagner au moins deux ans en termes de pratique numérique collective. Un boom qui a, selon elle, facilité le recul d’une «espèce de phobie sociale». «Le fait de voir des célèbres conférenciers, comme ceux intervenant dans les TED Talks, des artistes faire des vidéos maison, parfois pas apprêtés, pas maquillés, a permis aux inconnus d’affronter leur peur ou leur réticence à l’image.» Avant de conclure : «Cette généralisation offre la possibilité à des personnes moins connues de partager leur expérience.»

Toujours plus.Fer de lance de la vulgarisation, les réseaux sociaux ne sont pas en reste. Pendant le premier confinement, Instagram a ainsi basculé du «live solo» à l’échange en «direct duo». Une pratique qui existait bien avant le printemps sur Facebook, souvent utilisé pour des talks ou des conférences numériques. Microsoft, l’autre géant du numérique, a décidé, cette année, d’occuper le terrain des conférences en direct grâce au réseau social professionnel LinkedIn. «Les gens s’approprient progressivement un certain vocabulaire visuel qui nourrit des directs qu’ils ont eux-mêmes regardés. Tout le monde peut, petit à petit, créer son contenu et y ajouter sa patte personnelle», analyse Thu Trinh-Bouvier. Si bien que nous avons tous, parmi nos contacts, une connaissance qui, sur Instagram, enchaîne régulièrement les lives avec ses invités. Des formats d’ailleurs encouragés par les plateformes afin d’inciter ses utilisateurs à consommer toujours plus de contenus. Face à cette profusion de conférences filmées, certains pointent le risque de nivellement par le bas et une baisse de qualité et d’exigence en matière d’échanges et de débats.

Balla Fofana Julien Pacaud Illustration

https://next.liberation.fr/vous/2020/12/04/le-show-du-talk_1807764

Les médias en parlent

20 minutes : Pourquoi souhaiter l’anniversaire de vos amis en story Instagram est une fausse bonne idée

26 juillet 2020

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LES COPAINS D’ABORD La façon de souhaiter l’anniversaire de nos amis dit en fait beaucoup de choses de nos rapports sociaux

Article de Clément Rodriguez

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  • Après les murs Facebook, c’est désormais en story Instagram que l’on se souhaite un bon anniversaire.
  • Si vos amis ne célèbrent pas le vôtre en public, ça peut être vexant mais ce n’est pas forcément une mauvaise chose.
  • 20 Minutes a demandé à Thu Trinh-Bouvier, experte de la communication digitale, d’où venait cette nouvelle mode des réseaux sociaux.

Quel âge aviez-vous la dernière fois que vous avez reçu une carte pour votre anniversaire ? Rappelez-vous, il y avait le choix de sa plus belle plume, le soin de l’écriture délicate et l’impatience de savoir si le courrier arrivera à temps. Désormais, on prend le temps de trouver le bon gif, le soin de choisir les meilleurs emojis, et on attend impatiemment d’avoir du réseau pour que le message arrive à temps. Et non, ce n’est pas forcément une mauvaise chose.

Au fil des années, nos interactions d’anniversaire ont évolué. Mais si, souvenez-vous, vous souhaitiez l’anniversaire de tous vos contacts Facebook il y a à peine dix ans. Vous pouviez vous contenter d’un « HBD » pour vos camarades de classe ou d’un « Bon anniversaire Patrick » pour ce prof de lycée que vous n’aviez plus vu depuis des années. Depuis, les mots doux à l’occasion de votre anniversaire ont glissé du mur Facebook aux stories Instagram.

Célébrer pour mieux s’afficher

Brisons la glace dès maintenant, ce n’est pas parce que vous n’envoyez pas une carte d’anniversaire à vos proches chaque année que vous êtes un ami indigne. Au contraire, on voit apparaître depuis quelque temps une tendance croissante sur Instagram : celle de faire des montages publiés en story. Et ça prend du temps ! Il faut trier ses photos, sélectionner la musique parfaite, écrire le joli message qui va avec…

« Le fait d’y passer du temps montre l’implication qu’on peut avoir par rapport à une personne. Parce qu’entre envoyer un petit SMS et faire tout un travail de montage, ça demande un niveau d’implication supplémentaire », analyse Thu Trinh-Bouvier, experte de la communication digitale, et auteure de Parlez-vous Pic speech ? – La nouvelle langue des générations Y et Z. En définitive, plus vous passerez de temps sur votre story, plus votre preuve d’amitié sera grande.

Le tout sans aucune arrière-pensée ? « Quand c’est public, il y a un côté mise en scène inhérent aux réseaux sociaux », explique Thu Trinh-Bouvier. Après avoir affiché ses vacances de rêve et son somptueux dîner romantique, il faut désormais montrer à quel point sa bande d’amis est formidable. « La sociabilité fait partie des clichés de la vie rêvée. C’est en cela qu’il y a de la pression sociale. Il faut avoir plein d’amis et on est fier de l’afficher. »

Vexation (n.f.) : Blessure, froissement d’amour-propre

Ceux qui souhaitent les anniversaires de leurs proches sur Instagram oublient un détail important : leurs autres amis. En affichant ses relations en public, on prend le risque de froisser ceux qui n’y ont pas eu droit, et on revient inlassablement à la problématique n°1 des réseaux sociaux : la comparaison permanente.

Pour faire un travail sur soi et avoir une vision plus distanciée des choses, il faut prendre du recul. Qui sont ces personnes envers lesquelles vous éprouvez une once de jalousie, et sont-elles vraiment proches de vous ? Pour l’experte de la communication digitale, « les vexations se créent plutôt vis-à-vis des gens que l’on connaît moins et pour lesquelles on a tendance à faire ce jeu de comparaison. » Votre ancien crush de lycée ne vous a pas souhaité votre anniversaire en story Instagram mais votre meilleur ami vous a appelé dès minuit le jour J ? Voilà qui est plutôt bon signe car ce sont « toutes ces petites subtilités qui peuvent montrer le vrai lien de proximité. »

Aujourd’hui, on souhaite l’anniversaire de ses amis sur Instagram. Mais demain, où faudra-t-il s’afficher ? Peut-être sur TikTok, l’ogre des réseaux sociaux qui grandit toujours plus vite, où l’on peut danser et chanter à chaque fois que l’occasion s’y prête. Ou bien peut-être encore en message privé, mais sous une autre forme, celle de la voix. « En ce moment, il y a une croissance du vocal pour se souhaiter les anniversaires. Il y a de l’émotion, c’est considéré comme moins ambigu qu’un texte avec des émojis qui peuvent prêter à interprétation », observe Thu Trinh-Bouvier. Et en plus, on peut chanter « Happy Birthday », sans oublier les fausses notes qui vont avec. Vivement l’année prochaine !

 

En savoir +

https://www.20minutes.fr/arts-stars/web/2811651-20200630-pourquoi-souhaiter-anniversaire-amis-story-instagram-fausse-bonne-idee

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Les médias en parlent, Revue de presse

RTL : Pourquoi ne sommes-nous pas vraiment nous-mêmes sur les réseaux sociaux ?

7 décembre 2019

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https://www.rtl.fr/actu/conso/pourquoi-ne-sommes-nous-pas-vraiment-nous-memes-sur-les-reseaux-sociaux-7799471817

Les réseaux sociaux nous permettent de maîtriser notre image, de faire notre com’, de partager des moments choisis de notre vie. Certains d’entre nous se cachent même derrière de faux profils pour critiquer, insulter, humilier les autres.
Pourquoi ne sommes-nous pas vraiment nous-mêmes sur FacebookTwitter ou Instagram ? Qu’est-ce qui se joue quand nous donnons la meilleure – voire parfois la pire – version de notre personne ?

Invité.e.s

– Thu Trinh  Bouvier, experte de la communication digitale et responsable des Contenus éditoriaux à la direction de la Communication du groupe ADP. Auteure de Parlez-vous Pic speech ? – La nouvelle langue des générations Y et Z (Editions Kawa)

– Michael Stora, psychologue, psychanalyste et co-fondateur de l’OMNSH (Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines) et auteur de Hyperconnexion (Editions Larousse)

Les médias en parlent, Revue de presse

RTL : La dictature du « like » sur les réseaux sociaux

7 décembre 2019

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https://www.rtl.fr/actu/conso/la-dictature-du-like-sur-les-reseaux-sociaux-7799237977

Si les réseaux sociaux ont sacrément changé nos vies, notre quotidien et notre rapport aux autres, les « likes » ont quant à eux changé notre rapport à nous-mêmes, au point d’affecter le cerveau de nos ados ! On espère ces petits cœurs, on guette ces pouces levés qui nous approuvent, nous rassurent et nous flattent…
Qu’est-ce que la dictature du like dit de nous ? Quelles conséquences a-t-elle ? Est-ce que la décision d’Instagram de masquer prochainement les likes va changer quelque chose ?

« On est fait pour s’entendre », le magazine qui vous ressemble et vous rassemble, de 15h à 16h, en direct, sur RTL !

Invité.e.s

– Thu Trinh-Bouvier, experte de la communication digitale, responsable des Contenus éditoriaux à la direction de la Communication du groupe ADP. et auteure de Parlez-vous Pic speech ? – La nouvelle langue des générations Y et Z (Editions Kawa)

– Marie Robert, professeure de lettres et de philosophie, auteure de Descartes pour les jours de doute (Editions Flammarion/Versilio)

– Rémy Oudghiri, sociologue, directeur de l’institut Sociovision, spécialiste des modes de vie et de consommation

Les médias en parlent

Pourquoi les hommes précisent-ils toujours leur taille sur les applications de rencontres ?

5 décembre 2019

thu trinh bouvier

Par Mandi HESHMATI

https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/59623/reader/reader.html#!preferred/1/package/59623/pub/85794/page/15

Au début de leur petit texte de présentation, sur l’application de rencontres Tinder, les hommes en quête d’une rencontre féminine indiquent presque systématiquement leur taille. Un critère important, témoignent des utilisatrices et les utilisateurs. La drague en ligne renforcerait-elle les stéréotypes de genre ? Décryptage.

« Puisque ça a l’air d’être important ici, je vous préviens : je fais 1,65 m. » Ce n’est qu’un chiffre, mais l’information semble capitale. Ce type de phrases se multiplie dans les courts textes de présentation des hommes hétérosexuels utilisant l’application de rencontres Tinder.

La taille est-elle un critère discriminant ? En tout cas, ce n’est manifestement pas un détail sans importance. De nombreuses utilisatrices en tiennent compte et décident, si l’homme n’est pas assez grand à leur goût, de swiper son profil vers la gauche, c’est-à-dire de balayer d’un revers du pouce toute possibilité de rencontre… Exit, monsieur 1,65 m.

 

« Critère essentiel »

 

Depuis qu’elle s’est inscrite sur l’application américaine, Fiona, 23 ans, s’est mis en tête de ne rencontrer que des hommes faisant 1,75 m ou plus. Lorsque cette information n’est pas précisée, elle mène sa petite enquête. « Ça passe par l’humour, confie-t-elle. Je dis aux mecs, par exemple : « Fais pas le malin, petit ! », pour voir comment ils réagissent. S’ils me disent : « Je ne suis pas petit », alors, j’ai la réponse qui me satisfait. Mais quand c’est le contraire… » C’est next, pour elle. Au suivant !

Arnaud (*), la vingtaine lui aussi, ancien utilisateur de Tinder, en garde un souvenir amer. Pour sa part, il n’a jamais menti sur sa taille : « Ça m’est déjà arrivé qu’au moment du rendez-vous, la fille me dise : « Ah, je te voyais plus grand ! » Dans ce genre de situation, je me force à ne pas répondre avec sarcasme, parce que je fais quand même 1,75 m. Je ne pense pas être minuscule. » Aujourd’hui, il s’est désinscrit de l’application, dont le système et les expériences qu’il y a vécues l’ont « pas mal dégoûté », admet-il.

Malgré son 1,60 mètre, Clara, 22 ans, se dit, elle, « très discriminante » sur la taille des hommes. « Être grand est l’un des critères essentiels pour qu’un mec m’attire », avoue-t-elle. Impossible de « tenter toute séduction » avec la jeune femme si l’on est un homme mesurant « moins de 1,80 m ». Pour elle, c’est rédhibitoire.

L’expérience vécue par Mathieu, 22 ans, va dans le même sens. À la fin d’un rendez-vous obtenu grâce à Tinder, son interlocutrice le prévient : « Je préfère qu’on ne soit qu’amis, tu es trop petit pour autre chose, m’a-t-elle dit… Elle ne faisait que 5 centimètres de plus », souligne le jeune homme, perplexe.

Biologie et normes socio-culturelles

 

Ces témoignages ne surprennent guère Deborah Kessler-Bilthauder, socio-anthropologue de la santé rattachée à l’Université de Lorraine. Le fait que dans les rencontres hétérosexuelles, les femmes soient généralement attirées par des hommes plus grands est un « modelage » qui a plusieurs causes, explique-t-elle.

La première a à voir avec la survie de l’espèce. « Un partenaire masculin grand et fort semble plus apte à la reproduction, résume la scientifique. Ce n’est pas très glamour, mais un coup de foudre est pour partie lié à des paramètres laissant augurer de meilleures chances d’enfanter… »

Les autres causes sont d’ordre socio-culturel et sont profondément ancrées en nous. « Dans une culture, il y a des normes de genre, rappelle la socio-anthropologue. Par exemple, dans notre imaginaire occidental, la norme pour une femme est plutôt d’être menue et pas trop grande, alors qu’un homme doit être fort et grand. Ce ne sont bien sûr que des stéréotypes, des clichés, car la réalité est bien différente : il y a énormément de femmes costaudes et d’hommes petits… »

Fiona et Clara, les deux jeunes utilisatrices de Tinder, le savent bien. « Je suis parfaitement consciente que c’est un truc construit sur des normes viriles et une perception très genrée, avec l’homme qui doit être grand pour protéger la femme plus fragile », analyse Clara.

« Moi, je me demande ce que penseraient les autres si j’étais avec un homme plus petit, j’imagine le regard des passants lorsque je serais avec lui dans la rue, avoue Fiona, gênée par l’idée. Beaucoup de mes amies ressentent la même chose que moi. »

Des stéréotypes renforcés par internet ?

 

Les sites de rencontres discrimineraient davantage les hommes plus petits, en particulier une application comme Tinder, essentiellement basée sur le physique et l’apparence. Quand une femme rencontre un homme en soirée, même s’il n’est pas très grand, le contexte, sa personnalité et d’autres éléments qui vont plaire à son interlocutrice peuvent finalement rendre ce détail sans importance…

Sur l’application, c’est différent. « Voir écrit noir sur blanc 1,65 m, ce n’est pas pareil que de parler avec un homme de cette taille. Sur une application de rencontre, c’est le critère nu que l’on remarquesouligne la socio-anthropologue Deborah Kessler-Bilthauder. Mais Tinder n’a rien inventé, ajoute-t-elle. Dans certains journaux, il y a toujours de petites annonces matrimoniales. Et souvent, la taille y est précisée… »Thu Trinh-Bouvier, spécialiste de la communication numérique, est l’auteure du livre Parlez-vous Pic speech ? La nouvelle langue des générations Y et Z. Elle souligne que sur les applications de rencontres, les hommes rajoutent volontiers quelques centimètres à leur taille, dans leur texte de présentation, pour paraître plus à leur avantage. « C’est ce qu’on appelle le kitten-fishingexplique-t-elle. Sur internet, les gens glissent des petits mensonges pour se mettre en valeur. »

Selon elle, le problème des sites de rencontre, c’est qu’il y a beaucoup de monde, et qu’il faut donc choisir : « Parmi les critères de sélection, il y a la taille. Elle va permettre d’éliminer pas mal de profils. »

Arnaud, l’utilisateur un peu refroidi par Tinder, estime que cela n’est pas près de changer : « J’ai longtemps cherché la logique, mais y’en a pas. Les applications de rencontre ne sont que le miroir de notre société » et les gens s’y comportent comme avec des objets de consommation, estime-t-il : « Si on aime, on garde quelques jours, si on n’aime pas, on jette, tant pis. »

La masculinité en question

 

Dans le sillage de l’affaire Weinstein en octobre 2017 et du mouvement #MeToo, les initiatives pour détricoter les stéréotypes de genre se multiplient sur internet, via le très populaire réseau social Instagram, notamment. Et cela ne concerne pas que les femmes. Un compte comme @lesnouveauxprinces, par exemple, dénonce ainsi les clichés dont les hommes sont victimes. De nombreux abonnés y témoignent de la pression exercée sur eux : ils ne peuvent pas pleurer ni avoir des moments de faiblesse ni être petits, sans subir des commentaires sarcastiques niant leur virilité.

« En ce moment, tous les stéréotypes sont questionnés, constate Thu Trinh-Bouvier. Les personnes de la dernière génération n’ont pas peur de se dire non-genrées et se posent la question de ce que c’est vraiment d’être un homme, d’être une femme… »Elle cite en exemple un podcast sur la plateforme Binge Audio, intitulé crûment « Les couilles sur la table ». « C’est une émission qui questionne vraiment la virilité. Cela peut inspirer les personnes qui les écoutent à éduquer leurs enfants différemment. »

Deborah Kessler-Bilthauder, elle, a observé des stéréotypes différents en fonction des lieux ou des époques, mais elle doute que celui de l’homme grand évolue un jour : « En Inde, l’archétype masculin est un homme aux traits fins, parfois maquillé et très apprêté. Alors que chez nous, ces caractéristiques sont plutôt liées à la féminité. Dans la Grèce antique, il fallait avoir un corps très sculpté. Au Moyen-Âge, un physique « bien portant ». De nos jours, les messieurs ne doivent être ni trop minces ni trop gros Mais la taille, souligne-t-elle, c’est quelque chose qui n’a jamais évolué. »

(*) Le prénom a été modifié.