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« L’amour sous algorithme » : au cœur d’une rencontre virtuelle

3 juillet 2022
L'amour sous algorithme

Documentaire : l’amour sous algorithme

« L’amour sous algorithme » : au cœur d’une rencontre virtuelle

>>> Découvrez le documentaire : https://youtu.be/afd3r7Er_uQ

 Librement adapté du livre éponyme de Judith Duportail, le documentaire « L’Amour sous algorithme » retrace une rencontre banale du XXIe siècle : celle de Judith, célibataire, et de son « Match 664 » sur Tinder. L’occasion pour le réalisateur Jérôme Clément-Wilz d’explorer, auprès de nombreux spécialistes, l’impact des technologies sur nos amours contemporaines. Ce document « Infrarouge », à la portée scientifique et sociologique, est à découvrir mercredi soir sur France 2.

Mercredi matin. 09.00. Judith se réveille, prend son téléphone et ouvre machinalement Tinder. Là, elle discute avec son « Match 664 »,  à savoir le 664e « match » de Judith avec un homme sur cette application de rencontre. Après un jeu de séduction, elle finit par lui lancer une invitation explicite : « Ramène-moi un café et un orgasme. » Pour Judith, l’attente commence… Les doutes et les interrogations aussi.

En parallèle de cette intrigue amoureuse contemporaine, le documentaire nous plonge au cœur d’une autre histoire : celle des algorithmes, justement à l’origine du « match » virtuel entre Judith et l’homme qu’elle s’apprête à rencontrer par de vrai. « Lorsque je me suis attelé avec Judith à l’adaptation de son livre L’Amour sous algorithme*, peu de films documentaires avaient donné corps au monde “virtuel”, explique le réalisateur Jérôme Clément-Wilz. Ce nouveau monde est abstrait, alors il a fallu le rendre tangible : c’est pourquoi nous rentrons dans l’intimité d’une rencontre réelle, scrutée pour le film par des scientifiques. »

Des rencontres triées sur le volet

À l’issue d’une enquête de plusieurs mois sur le fonctionnement des applications de rencontre et leurs algorithmes, Judith Duportail avait été la première utilisatrice à récupérer l’intégralité des données personnelles collectées par l’application Tinder au cours de ses quatre ans d’utilisation. Soit 860 dialogues de Judith avec des hommes… Ces données, analysées par des spécialistes, ont permis de décrypter le fonctionnement des algorithmes et leur impact sur nos vies amoureuses et sociales. Comme le rappelle Clémentine Lalande, PDG d’une application de rencontre, il faut voir l’algorithme comme une espèce de grande marmite dans laquelle vont se glisser les informations (hobbies, envies, humeurs, voyages, etc.) jugées pertinentes par les développeurs. « Quand on design un algorithme de rencontre, explique-t-elle, on a une responsabilité gigantesque : choisir les ingrédients, décider de ce qu’il est pertinent d’utiliser comme critère ou pas, a un impact décisif. »

L’algorithme, reflétant la subjectivité de son créateur, fait ainsi un travail de tri. Et va même jusqu’à optimiser l’ordre d’apparition et de suggestion des profils, de manière que les profils les plus attrayants n’arrivent pas trop vite… Ce qui signerait alors la fin du jeu de séduction et du commerce virtuel. Pour Judith, il s’agit d’un « business model construit sur notre désarroi, notre solitude. On se fait berner. On croit qu’on va sur une application pour rencontrer des gens mais tout est fait pour qu’on ne rencontre personne ! Qu’on reste comme des rats drogués dans une expérience, une espèce d’addiction, d’expectative, de shoot d’ego… » Au-delà de sa portée scientifique et technologique, L’Amour sous algorithme apporte une dimension psychologique et sociologique à ces rencontres des temps modernes. Pour le réalisateur Jérôme Clément-Wilz, « plus qu’uniquement scientifique, ce documentaire est existentiel : sommes-nous libres de nos actions ? Une rencontre est-elle si unique, magique qu’on le pense ? »

Le livre de Judith Duportail, L’Amour sous algorithme, est publié par les Éditions Goutte d’Or. Il est disponible aux éditions Le Livre de poche.

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Infrarouge : L’Amour sous algorithme

Ce documentaire se concentre sur le « Match 664 », le 664e « match » de Judith avec un homme sur cette application.
Le 22 février 2017, elle invite cet homme à venir chez elle. Le film commence alors que l’échange vient de se produire et s’achève au moment où Judith ouvre la porte de son appartement pour l’accueillir. Le temps qu’elle traverse le couloir pour aller lui ouvrir, nous plongeons dans un univers intérieur et fantasmé, celui de son intériorité, de ses doutes, espoirs et craintes, de ses questionnements sur ces technologies.
En parallèle, des spécialistes analysent les données de cette rencontre, décryptent le fonctionnement des algorithmes, les biais de genre qu’ils renforcent et leur impact sur nos vies amoureuses et sociales : Guillaume Chaslot, algorithmicien, Marie Bergström, sociologue, Thu Trinh-Bouvier, Albertine Meunier et Sylvie Tissot, analyses et interprétations des datas, Ana Lutzky, journaliste data, Clémentine Lalande, PDG d’une application de rencontre, et Isabelle Collet, informaticienne et professeure à l’université de Genève.

L’Amour sous algorithme nous donne ainsi à comprendre ce que ce type d’interaction, brève et unique, nous dit des amours contemporaines.

Présentation de Marie Drucker
Documentaire (52 min) – Réalisation Jérôme Clément-Wilz – Écrit par Judith Duportail et Jérôme Clément-Wilz –Librement adapté du livre de Judith Duportail L’Amour sous algorithme (Éditions Goutte d’Or) – Musique Rone –Production Federation Entertainment

Analyse de Data

Analyse de Data

 

>>> Découvrez le documentaire : https://youtu.be/afd3r7Er_uQ

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Les présentations PowerPoint détournées sur Tiktok

3 juillet 2022

Tik Tok slides powerpoint

Les présentations PowerPoint détournées sur Tiktok

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Publié le 04 mai 2022 à 20h30 – Mis à jour le 05 mai 2022 à 08h27

Une dizaine d’amis réunis autour d’un grand écran, verre à la main, des chips sur la table basse, beaucoup de rires mais, pourtant, on est loin d’être dans une soirée film traditionnelle. Devant la télévision, les convives se succèdent pour des présentations « faites maison » sur des thèmes plus ou moins insolites : « Si vous étiez des personnages dans Shrek »« Mes pires ex, du plus au moins traumatisant »« Quelle célébrité pourrait me rendre hétéro ? »… Baptisé « soirées PowerPoint » (PowerPoint Nights en anglais), le concept est bien souvent filmé et des extraits postés sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, où elles font un carton : comptez plusieurs millions de vues pour certaines vidéos, 214 millions sur le hashtag du même nom. Au point que sur la plate-forme, l’entreprise Microsoft, elle-même, créatrice du programme PowerPoint, en parle sur son propre compte.

« Avec une amie, on cherchait une activité ludique et c’est en regardant TikTok qu’on a eu envie d’organiser une soirée diaporama, s’exclame Chloé, 21 ans. On avait l’impression que c’était quelque chose de super important qu’on allait rendre à un prof. Pour certains, c’était plus stressant et important de réussir ce diaporama que de préparer un vrai devoir. » L’étudiante en communication filme des extraits de sa soirée entre amis et met la vidéo sur le réseau social : en quelques heures, elle obtient plus d’un million de vues.

Le grand détournement

Au-delà des soirées diaporama, TikTok se nourrit aussi de nombreuses vidéos d’ados et de jeunes adultes présentant un PowerPoint face caméra, dans le but de convaincre. Comme Inès, 22 ans, qui a filmé la présentation envoyée à son ex pour le reconquérir, où les mèmes se mêlent à de vrais arguments pour qu’ils se remettent ensemble. « Je me suis dit que quitte à reprendre contact avec lui, autant faire un truc drôle et de goût. Sans mentir, cette présentation n’était pas censée finir sur TikTok, mais je me suis dit que ça pourrait faire rire certaines personnes », confie-t-elle.

La soudaine popularité d’un outil assez daté (Microsoft sort le logiciel en 1990) auprès d’une génération plutôt habituée aux outils numériques plus complexes interroge : alors que depuis le début des années 2000, sociologues et chercheurs en marketing dénoncent la « pensée PowerPoint » et accusent le format des présentations en liste d’appauvrir la réflexion, pourquoi la « génération Z » fait-elle ressurgir les « slides » d’entre les morts ?

La génération TikTok est l’une des premières à avoir connu l’enseignement PowerPoint durant toute sa scolarité. « C’est un instrument de l’école, idéal à détourner et avec lequel jouer. Ils sont dans le prolongement de la critique qui existe envers cet outil, en le tournant en dérision », constate Valérie Beaudouin, sociologue spécialiste des usages du numérique. Une vision confirmée par Chloé, qui voit dans ces soirées PowerPoint la possibilité « de désacraliser la présentation, qui peut être stressante ». Une bonne béquille pour une génération qui a aussi grandi avec les injonctions posées par les réseaux sociaux : celle de devoir bien parler, avoir de la repartie, être à l’aise face à un auditoire, en ligne ou hors-ligne.

Pour Chloé, l’utilisation des outils « sérieux » pour des usages plus ludiques n’est pas étonnante. « On est une génération qui a besoin de nouveauté, de sensations, de mouvement. Ce sont des outils qui se veulent sérieux mais qui sont ennuyeux. Les détourner permet d’exprimer ce qu’on veut », constate l’étudiante. Exprimer, mais surtout convaincre. Thu Trinh-Bouvier, experte en communication numérique, l’affirme : « Cette génération reprend les codes des réseaux sociaux : slides avec des images impactantes, propos assurés, pour parler de différents sujets et faire part de leur expertise. »

Un jeu qui mixe les codes, ceux de TikTok d’un côté, notamment grâce à la possibilité d’insérer des images derrière soi (l’option green screen, « écran vert »), et ceux des grandes présentations TED Talks de l’autre. Ainsi, de nombreux comptes TikTok élaborent leurs théories sur certaines séries télévisées, des affaires criminelles ou commentent les tenues des stars sur le tapis rouge. Un argumentaire qui prend la forme de nouveaux contenus hybrides, entre images, vidéos et sons.

Aux sources de l’économie de l’attention

Thu Trinh-Bouvier parle ainsi de pic speech, c’est-à-dire d’image conversationnelle, pour décrire le mode de communication des plus jeunes, des émojis aux « stories » Instagram, dont l’émotion est un vecteur central. Un fonctionnement finalement pas si éloigné de celui des PowerPoint d’autrefois, qui demande à être efficace, à capter l’attention du public en permanence en jouant sur la complémentarité entre la parole et l’image. Déjà, en 2009, Valérie Beaudouin parlait du logiciel comme représentatif d’une économie de l’attention, dans lequel nous n’avons cessé de plonger au fil des plates-formes et des notifications. Des présentations PowerPoint jusqu’à TikTok, en passant par les vidéos YouTube face caméra, il n’y a qu’un grand pas temporel.

Sur l’application chinoise, derrière les diaporamas, on retrouve d’ailleurs en grande majorité des jeunes filles, habituées très tôt au marketing de soi et de son image. Sans en être des victimes, elles jouent de ces mises en scène, nettoient leur feed (galerie photos) Instagram au fil de leurs évolutions et de leurs regards sur elles-mêmes. « On voit cette capacité à narrer leur quotidien, et de façon assez fine », constate Thu Trinh-Bouvier. Et à partager leur intimité, de leurs soirées diapos aux présentations pour séduire leur crush.

Inès se rappelle presque avec émotion des présentations PowerPoint qu’elle faisait pendant ses études. « C’était l’une des parties que j’aimais le plus parce que je pouvais laisser libre cours à mon imagination pour placer mes idées face à mon discours. Dans mon travail actuel, je n’ai plus trop l’occasion d’utiliser ce logiciel, donc ça m’a rendu aussi un peu nostalgique de le réutiliser », développe-t-elle. Car il y a peut-être aussi de cela, dans le succès des PowerPoint sur TikTok : jouer avec des supports qu’on ne peut pas (ou plus) utiliser ailleurs, sans trop se prendre au sérieux, face à ses amis… ou à des millions de spectateurs

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2022/05/04/sur-tiktok-le-succes-inattendu-des-presentations-powerpoint_6124787_4408996.html