Les médias en parlent

La Tribune de Genève : Les 14 à 23 ans créent leur propre jargon, le «Pic speech»

27 avril 2015
Tribune de Genève

Tribune de Genève

Article de Rebecca Mosimann paru dans la Tribune de Genève le 27 avril 2015

En savoir +
http://www.tdg.ch/savoirs/Les-14-a-23ans-creent-leur-propre-jargon-le-Pic-speech/story/26959556

Instagram, Snapchat, Facebook ou encore WhatsApp: sur les réseaux sociaux comme sur les applications mobiles, les 14 à 23 ans créent leur propre langage: vidéos de quelques secondes, photos éphémères, smileys qui éclatent de rire ou en sanglots sont autant d’outils à disposition pour exprimer leurs émotions, loin des formes d’échange de leurs parents. La Française Thu Trinh-Bouvier, sociologue de formation et experte en communication digitale, propose une grille de lecture pour mieux appréhender cette nouvelle forme d’expression, qu’elle nomme Pic speech.

Qu’entendez-vous par Pic speech?
C’est le nom que j’ai donné à ce nouveau langage utilisé actuellement par les jeunes de 14 à 23 ans. Via les smartphones, il permet d’être en lien en permanence et de manière très intense à travers une communication centrée sur l’image. Grâce aux applications mobiles et aux réseaux sociaux, les jeunes explorent d’autres formes d’expression avec le plaisir de mélanger différents types de contenus, comme des vidéos courtes, des images auxquelles ils ajoutent du texte ou du dessin.

L’image a-t-elle surpassé le texte?
Je ne serai pas aussi catégorique que ça. J’ai plutôt l’impression qu’il y a un lien très étroit entre l’un et l’autre. Lors de mes entretiens, beaucoup de jeunes m’ont dit que le mot était important, qu’il contextualisait l’image de manière simple. Sur Instagram, par exemple, en géolocalisant l’endroit pris en photo, le texte apporte une information complémentaire dans la légende.

Comment les jeunes utilisent-ils les émoticônes?
Ils sont là pour dire dans quel état d’esprit et d’humeur on envoie le message. Ils accompagnent le texte et lui donnent une tonalité affective. Parfois, un SMS sans émoticône peut être interprété comme agressif. On constate à quel point leurs échanges sont chargés émotionnellement.

Quelles sont les applications les plus en vogue chez les adolescents?
On a constaté ces derniers mois l’explosion de Snapchat. Elle permet d’envoyer des images éphémères. Chaque application a son univers esthétique. Snapchat repose sur l’humour potache. L’expression y est spontanée. Pour certains, il remplace même les SMS.

Ce nouveau langage est-il une tentative d’émancipation?
Oui, il s’inscrit dans une recherche d’autonomie et d’un espace d’expression avec ses propres règles. Il n’est pas toujours compris des adultes, qui peuvent le regarder avec condescendance, car les jeunes ont parfois un rapport décomplexé avec l’orthographe ou la grammaire.

Quel rôle joue Facebook?
Selon une récente étude américaine, il reste le principal réseau de la représentation sociale au sens large, qui peut inclure les parents et la famille. Sur les messageries instantanées de type Instagram et Snapchat, où les adultes sont moins présents, les jeunes instaurent une relation plus personnelle au sein de leurs groupes, avec leur propre mode d’expression.

Leur rapport au corps apparaît décomplexé, notamment avec l’usage effréné des selfies.
Ils maîtrisent progressivement les représentations d’eux-mêmes. L’apprentissage se fait entre le collège et le lycée. Les plus jeunes ont tendance à poster sur Facebook beaucoup de selfies. Les jeunes filles organisent d’ailleurs des séances shooting ensemble. En grandissant, il y a une prise de conscience et un contrôle de son image. Certains demandent de retirer des photos ou de ne pas mentionner leur nom sous un cliché posté sur Facebook.

Y a-t-il autant d’autodérision que de narcissisme?
Oui. Ils explorent ces deux parties d’eux-mêmes: à travers l’humour ou au contraire avec un côté très esthétisant dans le traitement des photos, en utilisant des filtres par exemple. Ils sont conscients que s’ils se montrent toujours sous leur meilleur jour, on peut aussi se moquer d’eux. Ce regard décalé sur eux-mêmes se traduit par des selfies avec des grimaces ou des duckfaces (ndlr: moues imitant le bec d’un canard).

Quelles sont les règles qui régissent leur communauté?
Comme ils sont toujours à la limite du privé et du public, un des facteurs déterminants est la confiance. C’est à partir de ce critère qu’ils vont ou non envoyer une photo décomplexée ou personnelle via Snapchat à leur meilleur ami. Ils créent ainsi des cercles plus ou moins proches d’amis dans ce rapport de confiance. Beaucoup d’entre eux m’ont dit qu’ils gardaient aussi un grand nombre de photos pour eux, comme un journal intime. Il existe ainsi une relation très personnelle à l’image, qui nourrit un dialogue intérieur. (TDG)

 

En savoir +

http://www.tdg.ch/savoirs/Les-14-a-23ans-creent-leur-propre-jargon-le-Pic-speech/story/26959556

>>> COMMANDEZ LE LIVRE

Les médias en parlent

Snapchat, Instagram… l’image comme langage – Parlez-vous Pic speech ?

17 février 2015
up magazine, l'innovation pour défi

UP magazine, l’innovation pour défi

http://www.up-magazine.info/index.php/reperages/4250-snapchat-instagram-l-image-comme-langage-parlez-vous-pic-speech

Article de Fabienne Marion

La langue française n’a jamais cessé d’évoluer. Et le langage des jeunes en 2015 n’a jamais été aussi … »chelou » ! « Nana » est devenu « meuf », « vieux » s’est mué en « darons », …  En fonction des générations et des milieux, de nouveaux mots et expressions font leur entrée dans les discussions, et même dans le dictionnaire : en octobre 2014 sortait le dictionnaire Ados-Français réunissant 500 mots et expressions utilisées par les jeunes au quotidien, comme une exploration dans un univers parallèle. Aujourd’hui, c’est un livre qui se risque à un voyage au pays des « djeunz ». Ceux qui réinventent les mots…

Diplômée des Arts Décos et sociologue, Thu Trinh Bouvier décrypte dans un livre qui vient de sortir la manière dont les adolescents utilisent les images pour communiquer et créer une nouvelle langue qu’elle a appelée le « Pic Speech. » Elle analyse les différents réseaux sociaux et fait apparaître leurs codes. Par exemple, écrit-elle « Les jeunes éditorialisent leurs images comme nous sélectionnons les mots pour nous exprimer. Snapchat est le lieu où l’on peut se montrer le plus naturel possible alors qu’Instagram est le lieu de la mise en valeur de soi avec de belles photos ».

A l’instar du « Monsieur Jourdain » de Molière qui faisait de la prose sans le savoir, les générations Y et Z (nées respectivement dans les années 1980 et à partir de 1995) défrichent et inventent une langue du quotidien dans laquelle l’image est le vecteur central de leurs échanges : c’est le « pic speech ». Il englobe les photos, gifs animés mais aussi vidéos très courtes, selfies, etc.
Expression du métissage culturel, de leurs visions joyeuses et sarcastiques sur le monde et également de leurs valeurs, ce mode communicationnel est bien sûr générationnel, mais il est également devenu global sur les réseaux sociaux. Le pic speech y exprime des engagements identitaires où l’émotion est le moteur créatif.

Dans l’ouvrage « Parlez-vous Pic speech ? – La nouvelle langue des générations Y et Z », paru aux Editions Kawa, Thu Trinh-Bouvier, professionnelle de la communication digitale, chercheuse sur « l’image et les nouveaux usages » et sociologue de formation, propose une grille de lecture pour mieux appréhender cette nouvelle forme d’expression qui influence déjà notre manière de communiquer.
« Étudier le champ d’expression du pic speech m’est apparu comme central pour comprendre la génération du nouveau millénaire et découvrir les modes de communication qu’ils sont en train de construire », explique Thu Trinh-Bouvier.

Son livre est le résultat d’une enquête mêlant analyse d’entretiens qualitatifs, analyse de données quantitatives, observations et réflexions menées pendant un an. Il s’adresse à tout un chacun, du professionnel de la communication, au passionné du monde digital en passant par le simple curieux d’un phénomène de société ou le parent d’ado cherchant à comprendre le mode d’expression de ses enfants. D’ailleurs, peut-être parlez-vous déjà le pic speech

http://www.up-magazine.info/index.php/reperages/4250-snapchat-instagram-l-image-comme-langage-parlez-vous-pic-speech

Les médias en parlent

Blog de Nicolas Bordas : Et si nous parlions une nouvelle langue ?

16 janvier 2015
Blog de Nicolas Bordas

Blog de Nicolas Bordas

Article du blog de Nicolas Bordas
Vice-Président de TBWA Europe
Président de Being Worldwide
Blogueur et auteur de L’idée qui tue » (Eyrolles 2009)

 

« Retour ce dimanche de notre rubrique dominicale #JourDuPenseur, consacrée aujourd’hui au livre de Thu Trinh-Bouvier « Parlez-vous Pic Speech ? » publié aux Editions Kawa, dont mon ami Alexandre Malsch (fondateur de MeltyGroup) a assuré l’avant-propos, et dont j’ai accepté avec plaisir de rédiger la préface reproduite ci-dessous. Thu Trinh-Bouvier, responsable des nouveaux médias à la Direction de la Communication de VIVENDI est une agitatrice d’idées, une artiste et une chercheuse passionnée par l’image. Son champ d’action est la communication digitale. Responsable Nouveaux Médias à la Direction de Communication & New Business de Vivendi, elle dessine également et mène en parallèle une recherche sur « l’image et les nouveaux usages ».Diplômée des arts déco de Paris (Ensad) et en sociologie, elle fait partie du collectif We love the net, un collectif d’artistes, de designers et de développeurs qui conçoit et réalise des projets artistiques permettant au grand public de s’approprier l’univers du numérique autour des objets connectés. Au moment où Whatsapp, Viber, WeChat, Line et autre Kik prennent une importance de plus en plus grande dans nos modes de communication, nous expérimentons tous chaque jours davantage cette nouvelle langue faite de photos, vidéos, stickers ou émojis, mélangés à nos mots, qui constituent le nouveau langage visuel digital que Thu Trinh-Bouvier propose d’appeler « Pic Speech », une « langue d’engagements identitaires où l’émotion est le moteur créatif ».

Dans le chapitre de mon livre « L’idée qui tue » consacré à la puissance des images, j’ai eu l’occasion de souligner à quel point l’association d’une image à une idée accroît son ancrage mémoriel. Voltaire ne disait pas qu’une idée, « c’est une image qui se peint dans mon cerveau » ? Bien avant que Paris-Match n’en fasse son célèbre slogan : « Le poids des mots, le choc des photos » ! La publicité, dont j’ai fait mon métier, démontre chaque jour que rien n’est plus efficace qu’une idée incarnée par un visuel symbolique. L’image transforme l’idée en représentation sensible, facteur d’adhésion et de propagation. « En profondeur, l’image force et taraude. Elle insiste et résonne », nous dit Régis Debray, célébrant le passage de la logosphère (où l’écrit dominait), à la vidéosphère , où règne l’image.

Dans son livre à la fois instructif et imagé, Thu Trinh Bouvier décode cette nouvelle syntaxe visuelle (mixant photographie, commentaires, Hashtags et autres Emoticones), proposant, en quelque sorte, une sémiologie du langage digital de la nouvelle génération connectée. Un langage beaucoup plus inventif et créatif que certains pourraient le penser.

Le livre de Thu Trinh Bouvier contribue à dépasser les préjugés qui laisseraient penser qu’avec les nouvelles technologies (ordinateurs, tablettes, smartphones, et autres objets connectés), la communication et la langue des jeunes s’appauvrissent. Une critique superficielle qui tend à diaboliser l’usage des réseaux sociaux, et à creuser le fossé entre générations. On a trop vite fait de reprocher aux jeunes de ne plus savoir écrire le français dans leurs textos, de se réfugier dans le virtuel au détriment de la vie réelle, et d’encourir un risque de solitude et d’isolement, seul chacun devant son écran.

 

 

Thu Trinh Bouvier nous montre que le « pic speech », cette langue de l’image développée essentiellement par les jeunes via les réseaux sociaux (Facebook, Twitter …), les sms, les applis mobile orientées images (Instagram, Snapchat, Vine…), et les applis de messagerie instantanée (Whatsapp, Viber, Kik, Wechat, Line …) n’est pas une langue pauvre mais une langue complexe et riche, en perpétuelle évolution. Une langue du métissage culturel, de la mixité et du mixage généralisés, ou les usages et les contenus se conjuguent. Loin d’isoler les membres de la génération du nouveau millénaire, elle leur permet d’intensifier leurs liens au sein de leur communauté, et d’affirmer leur identité à travers des engagements physiques et émotionnels forts.En utilisant les témoignages de jeunes connectés, Thu Trinh Bouvier nous montre également que le « Pic Speech » est un langage ludique et joyeux qui ouvre des possibilités d’expression positives et engageantes, tant au plan identitaire, physique qu’émotionnel. Une langue tribale , mais surtout une langue en mouvement qui accompagne l’émergence d’une génération désormais connectée en permanence, parfois pour le pire, mais souvent et surtout pour le meilleur ! »

En savoir +

http://www.nicolasbordas.fr/archives_posts/et-si-vous-parliez-couramment-le-pic-speech

>>> COMMANDEZ LE LIVRE

Les médias en parlent

Blog de Henri Kaufman : Parlez-vous le Pic Speech ?

15 janvier 2015

Article publié sur le blog d’Henri Kaufman
Directeur de Collection – Éditions Kawa
Publié le 22 décembre 2014

En savoir +
http://henrikaufman.typepad.com/et_si_lon_parlait_marketi/2014/12/parlez-vous-le-pic-speech-.html

«  Parlez-vous le Pic Speech ? Oui, le pic speech ? Si vous avez des enfants de la génération Y ou Z (ils sont nés entre les années 80 pour les Y et à partir de 1995 pour les Z), vous avez sûrement vus qu’ils étaient accrochés en permanence à leur téléphone mobile (90% des 18-24 ans en possèdent un), en train d’échanger des textos, des photos, des vidéos bourrées de signes cabalistiques. Pour communiquer entre eux, ils ont tout compris des potentialités offertes par le Web en général et par de nombreuses start up en particulier. Ils communiquent à l’insu de leurs parents qui n’y comprennent que couic lorsqu’ils tombent par hasard sur un message « pic speech » . Le dessinateur Wingz a bien résumé la perplexité des parents quand ils découvrent par hasard cette nouvelle langue étrangère. En première page du quotidien MétroNews, il nous dessine un couple qui doit appartenir à la génération X, voire W ; ils discutent devant l’écran de l’ordinateur de leur fils, resté allumé sur sa page Facebook :

• Madame : sur son profil, Kevin n’arrête pas d’écrire des trucs comme XD ou <3

• Monsieur : il révise sûrement ses maths !

Le livre de Thu Trinh-Bouvier est le premier qui présente et décrypte cette nouvelle langue ludique déclinée dans de nombreuses versions : une « langue globale pour une culture mainstream ». A l’instar de la fameuse pierre de Rosette découverte par Champollion qui nous a permis de comprendre la signification des hiéroglyphes égyptiens plusieurs milliers d’années après qu’ils aient été écrits, Thu nous montre, statistiques et commentaires à l’appui, comment nos ados et post-ados passent leur temps sur les réseaux sociaux à s’envoyer des sms truffés d’émoticons, des selfies, des posts, des snapchats, des vines, des whatsapp, etc. Entre deux envois, ils exercent leur dextérité sur les jeux en ligne, et ils n’oublient pas évidemment de publier leurs photos retouchées sur Instagram ou Pinterest. Ils twittent aussi, et ils commencent à s’envoyer des vidéos hilarantes avec le nouveau Dubsmash qui fait fureur depuis son apparition… Et parfois même, ils travaillent !

Au siècle dernier, les businessmen ont inventé le «globish», une nouvelle langue des affaires truffée d’anglicismes, permettant à quiconque de parler et d’être compris dans une réunion internationale. A leur tour, les générations Y et Z ont inventé une langue à eux – le pic speech – que je pourrais traduire en français par le beaucoup moins chic mais inspiré néanmoins par le langage des oiseaux : le «parlimage».

Le Pic Speech utilise à la fois toutes les ressources galopantes de l’Internet et de l’outil magique désormais indispensable de jour comme de nuit : le smartphone.

Il prend sa source dans des start up – telles Instagram ou Vine – qui à peine écloses se sont offertes à prix d’or, achetées par les géants de l’Internet comme Facebook et Twitter dont l’embonpoint commence à diminuer leurs capacités d’innovation. L’étonnant dans le développement de cette nouvelle langue, c’est que les parents des Y et des Z s’y sont mis aussi… Certes avec moins d’enthousiasme et d’assiduité mais ils y mettent de la bonne volonté… Même Barack Obama s’est mis au selfie avec ses visiteurs étrangers ! La photo, la vidéo, les raccourcis, les nouveaux mots font désormais partie du pic speech. Et aussi les émoticons qui amènent la touche de sensibilité qui manque aux messages forcément bref des tweets ou des sms. Remarquons en passant qu’en ôtant le « c » de émoticons, on trouve quoi ? On trouve … émotion !

Le pic speech entre en même temps dans la publicité grand public avec par exemple Acadomia qui parle du selfie et du mythe de Narcisse dans sa récente campagne de recrutement…

Outre les statistiques sur le développement de cette nouvelle langue qui va intéresser sûrement les marketers à la recherche de clés pour atteindre et parler avec les X et les Y, Thu décrypte le côté sociologique de l’apprentissage du pic speech, beaucoup moins simple qu’il y paraît au premier abord. Elle aborde aussi le délicat problème de la vie privée pour des photos qui circulent sur les réseaux, shootées dans des situations qui risquent d’effrayer un futur employeur.

Merci Thu !  »

Henri Kaufman
Directeur de Collection – Éditions Kawa

En savoir +
http://henrikaufman.typepad.com/et_si_lon_parlait_marketi/2014/12/parlez-vous-le-pic-speech-.html
>>> COMMANDEZ LE LIVRE
Le Pic Speech

Parlez-vous Pic Speech ?

10 janvier 2015

Introduction

gallery

C’est une journée d’été idéale pour un pique-nique. Une multitude de groupes a envahi les bords de Seine pour profiter des premiers rayons du soleil. Groupes d’amis et familles ont posé leurs victuailles sur des nappes. Cette parenthèse de convivialité vient casser le train-train quotidien. Ça papote, ça rigole en ce dimanche estival.

Au milieu de ces grappes humaines, se détache un groupe d’adolescents de 16 ou 17 ans. Ils ne se parlent pas. Ces huit adolescents sont visiblement ensemble, leur proximité physique le laisse deviner. Mais, chacun semble absorbé par son propre écran de smartphone. Après ce court moment de silence et de repli sur soi, ils se déplacent et les langues se délient, ils entourent l’un d’entre eux pour regarder sur son smartphone. Les rires fusent. Puis, ils s’animent, l’un d’entre eux le smartphone en main, commence à se prendre en photo avec une de ses amies, tous les autres viennent alors se joindre à eux et la séance photo commence, tout en grimaces, tout en sourires, ils prennent des poses.

Tel un mouvement d’une chorégraphie mille fois répétée dans la journée : photo de moi, photo de mon ami avec moi, photo du groupe, celle de l’endroit où je me trouve, celle de ce que je mange, ils respectent ce rituel tribal codé bien ancré dans leurs habitudes.

Je les observe et je m’interroge. Pourquoi l’image est-elle devenue le vecteur préféré des adolescents pour communiquer entre eux sur les réseaux sociaux, les applis mobiles de messageries instantanées et dans la vie réelle ?

Professionnelle du digital et passionnée par l’image, étudier ce champ d’expression m’est apparu comme central pour mieux comprendre la génération du nouveau millénaire et découvrir les modes communicationnels qu’ils sont en train de construire.

Depuis des années, je nourris un intérêt particulier pour l’image et les mutations auxquelles elle est soumise. Ainsi la classification en « photographies » artistiques, journalistiques, familiales, semble-t-elle aujourd’hui moins évidente tant les différents “genres » sont bousculés par l’apparition successive de nouveaux modes de diffusion (les réseaux sociaux, les applis mobiles, la messagerie instantanée mobile), de nouveaux outils technologiques (ordi, smartphone, tablette), de nouvelles capacités de transferts et de stockage de données et la généralisation du « cloud computing » (arrivée de la 3G puis de la 4G).

Ces facteurs ont favorisé l’apparition de nouveaux usages photographiques dont celui de « l’image conversationnelle », ainsi nommée par le sociologue André Gunthert. Cette image est devenue, en l’espace de quelques années, le support de prédilection des mobinautes ou internautes pour communiquer entre eux.

L’image privée a changé de fonction. Elle n’a plus pour but de « sacraliser » des moments considérés comme important par le corps social : le dîner familial, le baptême, le mariage… mais a pour objectif de susciter des réactions, un échange.

Bien sûr, cette fonction a toujours fait partie de la photographie privée car on a toujours aimé montrer à des tiers l’album de photos pour le commenter mais l’explosion des réseaux sociaux et de Facebook notamment (plus gros album photos mondial), va accentuer cette dimension conversationnelle et projeter la photographie vers un statut semi-public semi-privé.

Aujourd’hui, cohabitent les deux fonctions de la photographie dans nos usages au quotidien : celle du souvenir et celle du dialogue.

La génération du nouveau millénaire n’a pas vécu cette mutation de statut. Sa perception de l’image s’est faite à travers ces deux prismes : l’image semi-publique semi-privée garante du souvenir et aussi vecteur de conversation.

A l’instar de ses prédécesseurs, elle a ressenti la nécessité d’inventer une langue qui lui soit propre. D’une part, pour échapper au contrôle des adultes. D’autre part, pour relater de la façon la plus exacte et directe possible ce que cette génération ressent et sa manière de percevoir le monde.

Il lui fallait une langue maternelle générationnelle à son image et dont elle soit le moteur créatif.

Cette génération, appelée par Michel Serres « petite poucette » afin de souligner sa dextérité à manier tous les claviers et écrans, a choisi l’image comme vecteur d’expression. Tous les jours, spontanément, elle invente en permanence de nouveaux codes, de nouveaux usages, de nouveaux contours pour communiquer avec le visuel.

Le Pic speech

Le Pic speech, c’est ainsi que je le nomme, leur permet d’investir de nouveaux espaces de liberté d’expression tout en répondant à leur quête d’autonomie et reflétant la construction de leur identité.

Cette étude a pour objet de proposer une grille de lecture du pic speech : un exercice périlleux car cette langue, à l’image de ses inventeurs, évolue en permanence. Essayer de la comprendre, c’est tenter de dépasser les jugements forcément réducteurs, voire à l’emporte-pièce, qu’une majorité d’entre nous posons sur leur usage de l’image et que j’ai entendu tout au long de mon étude lorsque j’expliquais le sujet de ce livre :

« Ils sont tellement nuls en orthographe, pas étonnant qu’ils préfèrent l’image ! »

« Lorsque l’on voit les images qu’ils s’envoient ou publient sur les réseaux sociaux, c’est vraiment stupide ! »

« Ils n’ont aucune conscience de ce qu’est la notion de vie privée. Ils sont exhibitionnistes et narcissiques. Ils passent leur temps à se prendre en photo. »

« Snapchat, mon fils l’utilise tout le temps. Les ados s’envoient n’importe quoi dessus. C’est dangereux et en plus on ne peut pas contrôler. »

« Je suis allée sur Vine par curiosité, je ne comprends pas pourquoi ils regardent ça. Ça n’a aucun intérêt, ces vidéos de 6 secondes qui tournent en boucle ! »

Pourtant, malgré ces jugements sévères teintés de condescendance ou de sincères incompréhensions, nos adolescents n’ont jamais été autant observés par leurs ainés dans leurs pratiques et leur appropriation de la technologie car ils sont souvent les précurseurs d’usages qui seront progressivement adoptés par l’ensemble de la société.

 

Méthodologie

La génération millénaire comprend les générations Y et Z :

– La génération Y correspond aux jeunes nés dans les années 80 et au début des années 90,

– La génération Z correspond aux ados nés à partir de 1995.

Pour mener à bien ce projet, je me suis nourrie de nombreuses études universitaires, articles de presse et études statistiques américaines et françaises que je citerai tout au long de ce travail.Je me suis appuyée également sur deux types de recueils de données pour étayer mon analyse :

– un sondage sur les usages auprès de 50 jeunes de 14 à 23 ans et

– 23 entretiens qualitatifs de jeunes de la même tranche d’âge.A noter qu’une majorité de représentants de la génération Z (jeunes nés à partir de 1995) constitue le corpus en ce qui concerne les entretiens semi-directifs de groupe. (Tous les prénoms des jeunes qui ont participé à l’enquête ont été changés. Les adolescents ayant accepté de me transmettre leurs photos ne sont pas les mêmes que les personnes interviewées.)

Pour être précise dans la définition du mot « pic speech », par « pic » j’entends les images au sens large : photos, emojis, émoticônes (symboles), gif animés et vidéos très courtes (présentes sur Vine – 6 secondes ; Instagram 15 secondes ou Snapchat 15 secondes). Tous ces différents types d’image nourrissent cette langue aux multiples facettes dont le périmètre et les frontières se construisent quotidiennement.

 

Trois points me semblent importants à souligner :

– Bien qu’il existe une pluralité de pratiques selon les adolescents, il est néanmoins possible de dégager des tendances d’usages collectifs forts.

– Cette langue est tributaire de l’équipement des jeunes : ordi, smartphone, tablette. Il y a donc des inégalités d’accès au pic speech liées aux équipements dont ils disposent. Tous n’ont pas accès à son apprentissage. Tous ne contribuent donc pas à la création de cette langue générationnelle.

– Sociologue de formation, je ne considère pas pour autant ce livre comme une étude classique de sociologie au sens universitaire du terme, mais comme une enquête mêlant analyse d’entretiens qualitatifs, analyse des donnés quantitatives, observations et réflexions menées pendant un an.

 

>>> COMMANDEZ LE LIVRE

Le Pic Speech

Do you Pic Speech ?

2 janvier 2015

Pitch

enfants

A l’instar du « Monsieur Jourdain » de Molière qui faisait de la prose sans le savoir, les générations Y et Z défrichent et inventent une langue du quotidien dans laquelle l’image est le vecteur central de leurs échanges et qui s’exprime sur Instagram, Snapchat, Vine et Tumblr.

Il leur fallait une langue maternelle générationnelle qui leur ressemble. Le « pic speech » s’est imposé à eux. Expression du métissage culturel, de leurs visions joyeuses et sarcastiques sur le monde et également de leurs valeurs, ce mode communicationnel via l’image est surtout une langue d’engagements identitaires où l’émotion est le moteur créatif.

Cet ouvrage propose une grille de lecture pour mieux appréhender cette nouvelle forme d’expression qui influence déjà notre manière de communiquer.

D’ailleurs, peut-être parlez-vous le pic speech sans le savoir !

 

Pour en savoir +

>>> COMMANDEZ LE LIVRE : Parlez-vous Pic Speech ?

Le Pic Speech

Sommaire du livre

1 janvier 2015
Parlez-vous Pic Speech ? La nouvelle langue des générations Y et Z

Parlez-vous Pic Speech ? La nouvelle langue des générations Y et Z

SOMMAIRE

Le mot du Directeur de Collection

Préface de Nicolas Bordas

Avant-propos d’Alexandre Malsch


INTRODUCTION


I- Invention d’une langue digitale globale aux racines ancestrales : le pic speech

  • Le pic speech : Une langue globale
    • Les ados, les premiers producteurs d’images
    • Le pic speech est-il vraiment une langue ?
    • Une langue globale pour une culture « mainstream »
    • « Langue globale » ne veut pas dire « langue universelle »
  • Une langue en adéquation avec nos représentations mentales
    • Une langue en relation directe avec notre pensée visuelle
    • Une langue où se rencontrent l’écriture automatique et l’oralité
  • De quelle manière communique-t-on via l’image ? Les règles d’usage d’une langue en pleine structuration
    • Ils « éditorialisent » leurs images comme nous sélectionnons les mots pour nous exprimer
    • Une structure syntaxique naturelle
    • Une langue dont l’évolution dépend des fonctionnalités proposées par les plateformes
    • Une langue qui nécessite une courbe d’apprentissage


II- Le pic speech, une langue du métissage culturel où mix d’usages et de contenus se mélangent

  • Le pic speech : sampling, adaptation et détournement d’images
    • Détournement et mix d’usages et de contenus
    • Texte et image : le couple infernal
    • Un rapport particulier en temps où l’évènement passé succède à l’immédiateté
  • Cohabitation de deux univers d’expression dans la construction de leur monde intérieur et de leur pensée
    • Les photos privées nourrissent et construisent leur dialogue intérieur
    • Les photos vernaculaires support de leur mémoire
    • La posture de l’observateur-voyeur
  • Cohabitation de deux univers d’expression opposés qui se développent en parallèle et qui interfèrent entre eux
    • Le pragmatisme à travers les revendications de valeurs traditionnelles
    • L’enchevêtrement de ces deux univers, miroirs de ce qu’ils sont
    • le rire libérateur et fédérateur pour comprendre le monde et avoir prise sur lui
    • Le pic speech : langue ludique et de prise de risque


III- Le pic speech, expression d’une dynamique d’engagement identitaire, physique et émotionnel

  • Le pic speech ou la dynamique identitaire
    • Une langue de la recherche identitaire à travers le corps
    • Une langue de la quête d’autonomie
  • Le pic speech ou la langue du mouvement
    • L’incorporation du téléphone mobile dans le corps
    • Une langue de la proximité physique avec la tribu
  • Le pic speech, une langue d’engagement émotionnel
    • L’engagement émotionnel physique de leurs publications
    • Une langue sous tension permanente
    • une langue où le rapport aux autres est quantifiable


Conclusion

Où acheter le livre

>>> Commandez le livre – Editions Kawa

>>> Commandez sur Amazon

>>> Commandez sur la Fnac.com